Facebook a lancé hier son service de géolocalisation. Baptisé « Places » (« lieux » dans sa version francophone), ce nouveau service devrait permettre aux utilisateurs du réseau social d’indiquer où ils se trouvent et de suivre les déplacements de leurs amis. Le service et ses enjeux sont présentés ici par @phb, un étudiant de l’ISG.
Facebook n’est pas le premier acteur à investir le terrain de la géolocalisation (terrain… géolocalisation… bon d’accord j’arrête).
Yelp et Dismoioù proposent déjà des services de ce type pour comparer les bars et restaurants. De son coté, Foursquare a inventé un service ludique permettant de collecter des badges en se connectant depuis différents endroits (un peu comme chez les scouts). D’autres acteurs (que la bienséance m’interdit de citer ici) ont quant à eux lancé des services de rencontre géolocalisés.
Avec l’arrivée de « Places », beaucoup de commentateurs ont prédit la mort de Foursquare et des autres pionniers de la géolocalisation : avec ses 500 millions d’utilisateurs, Facebook ne devait laisser aucune place à ses concurrents.
Et pourtant… et pourtant… comme le révèle aujourd’hui Techcrunch (oui je sais, je cite beaucoup Techcrunch en ce moment), Foursquare a enregistré un boom des inscriptions depuis le lancement du service de Facebook. Un coup de chance ? Pas vraiment. Pour mieux comprendre… je vous propose un petit détour par la notion de coopétition.

Associant les idées de coopération et de compétition, la notion de coopétition a été présentée pour la première fois en 1996 par Barry Nalebuff et Adam Brandenburger, deux théoriciens des jeux (leur ouvrage est un must read pour tous ceux qui s’intéressent à la stratégie).
Cette idée marque une rupture assez profonde par rapport aux travaux d’économistes qui, à l’instar de Michael Porter, considéraient que l’augmentation du degré de rivalité dans un secteur devait inéluctablement se traduire par une baisse moyenne des profits chez les concurrents. Pour dépasser la vision antagoniste véhiculée par le modèle des 5 forces, Nalebuff et Brandenburger ont donc proposé un nouveau cadre dans lequel les manœuvres des concurrents peuvent parfois avoir des retombées positives pour l’ensemble des acteurs du secteur.
Mieux : au sein d’un même éco-système d’affaires, des entreprises concurrentes peuvent parfois être également partenaires… tout en restant concurrentes. Une idée qu’illustre a merveille le cas « Places ».
Pour lancer « Places », Facebook a pris soin de publier son API et à rendre son service compatible avec les solutions existantes. L’intérêt de tous les acteurs est en effet de faire en sorte qu’il y ait de plus en plus de gens qui utilisent la géolocalisation. Ainsi, ils pourront inciter leurs amis à faire de même : la géolocalisation n’a d’intérêt que si nous sommes nombreux à l’utiliser.
L’inter-opérabilité est ici une condition sine qua non au développement de ce nouvel usage. Le lancement de Places n’est donc pas seulement une menace pour ses concurrents car les actions menées par Facebook profitent aussi à Foursquare et à l’ensemble des acteurs du secteur. Le jeu est un jeu à somme positive : les quelques utilisateurs qui abandonneront Foursquare au profit de « Places » seront vraisemblablement moins nombreux ceux qui viendront s’inscrire sous l’effet de l’engouement suscité par la géolocalisation.
La question est désormais de savoir si les différents services de géolocalisation arriveront à être suffisamment complémentaires pour coexister. La conclusion restera donc ouverte pour le moment mais permettra de donner un argument supplémentaire à ceux qui, comme moi, ont de sérieux doutes quant à la pertinence de la stratégie de Google qui consiste à lancer prochainement son propre réseau social en concurrence frontale avec Facebook.
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