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Dans l'actu

La mise à mort du travail

Publié par Philippe le 12 décembre 2009

Classé dans Dans l'actu, Enseignement

La mise à mort du travailJe me suis penché (un peu après tout le monde, c’est vrai) sur un documentaire en trois parties diffusé récemment par France 3 : « La mise à mort du travail ». Autant le dire tout de suite, ce documentaire est une vraie œuvre critique, un travail remarquable qui donne à voir ce qui – trop souvent – n’est montré que dans des travaux de recherche (pas très spectaculaire en fait).

Si le premier volet consacré à un conflit entre des caissières et leur employeur est bouleversant, ce sont les deux autres épisodes qui m’ont semblé les plus riches en enseignements.

L’immersion dans l’univers de Carglass (deuxième partie) fait froid dans le dos. Le décalage entre la Stratégie affichée par le directeur général (qualité de service pour le client, différenciation) et la réalité de l’organisation abyssal. Dans le call-center, la transposition de l’organisation taylorienne à un univers de service, la souffrance engendrée par la dépersonnalisation et l’obligation de respecter le script, le contrôle, la surveillance. Devant la caméra, les théories des organisations et les analyses de Foucault deviennent tout d’un coup terriblement concrètes.

Dans le troisième volet, consacré à l’entreprise Fenwick, c’est en fait l’univers du conseil en Stratégie et en Organisation qui est étudié. Les deux consultants mandatés pour formaliser le savoir tacite des vendeurs les plus performants sont incontestablement des experts en théories fumeuses et en flagornerie (besoin de reconnaissance, es-tu là ?). En décrivant le fonctionnement de KKR (la maison mère de Fenwick), le réalisateur Jean-Robert Viallet parvient à rendre intelligible des mécanismes complexes (le LBO notamment) et montre de quelle manière la stratégie de l’entreprise peut s’assimiler à de la vente à la découpe lorsque la politique du siège se limite à une simple gestion de portefeuille d’activités.

Le tableau est donc très noir (trop peut-être). La grille de lecture adoptée (tout ça c’est la faute aux logiques de rentabilité) est un peu simpliste (le doc met surtout en avance les conséquences de certaines pratiques de gestion). Il n’empêche que l’esprit critique du documentaire est absolument indispensable dans un domaine, le Management, où la critique a trop souvent été évacuée au nom d’un prétendu pragmatisme. Le mini-site consacré au documentaire ici.

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Bienvenue dans la zone Xtrême

Publié par Philippe le 24 avril 2009

Classé dans Dans l'actu

Lu sur le site ecrans.fr : France 2 aurait entamé le tournage d’un nouveau documentaire. Il s’agirait de mettre en scène un faux jeu télévisé baptisé « La Zone Xtrême ». Directement inspiré des expériences du psycho-sociologue américain Stanley Milgram sur l’obéissance à l’autorité légitime, ce faux jeu vise à démontrer le pouvoir d’influence de la télévision sur les individus. Les expériences de Milgram sont un classique de la psychologie sociale et ont trouvé des applications dans de nombreux domaines du Management (Organisation, GRH, Finance comportementale).

La Zone Xtrême

Le « faux jeu » de France 2 met en compétition deux candidats : le premier est un cobaye qui doit mémoriser des associations de mots. Il se voit administrer des décharges électriques par le second à chaque mauvaise réponse.

Plus les mauvaises réponses s’enchaînent, plus le choc électrique est important. Au fur et à mesure du jeu, le « testé » crie, s’enerve, demande à ce que le jeu s’arrête… et puis plus rien.

Comme dans l’expérience originale, le cobaye est un acteur et simule les électrochocs pour tromper le vrai candidat. Le vrai candidat est encouragé à poursuivre l’expérience par une autorité légitime… des scientifiques dans la version de Milgram, une animatrice de télévision dans la version TV.

L’objectif de l’expérience est en fait de voir jusqu’où sont capables d’aller des êtres humains dans leur obéissance à une autorité légitime.

Un des buts de Milgram était de comprendre par quels mécanismes la population allemande avait pu docilement appliquer les ordres des nazis durant la seconde guerre mondiale. La réponse formulée par Milgram rejette l’idée d’une agressivité ou d’un sadisme particulier chez les sujets pour mettre en évidence des facteurs liés à une obéissance dont on pourra trouver la cause dans la légitimité de l’autorité ou la perte de responsabilité individuelle.

La transposition des expériences de Milgram à un programme de télévision n’est pas sans poser certaines questions.

La première est lié aux évolutions de la société : la figure du scientifique qui incarnait l’autorité légitimé dans l’expérience originelle est désormais remplacée par la télévision. De quoi lancer une réflexion très wharolienne.

La seconde est d’ordre éthique. Quelques temps après avoir commencé son expérience, Milgram a décidé d’y mettre un terme car il craignait que ses sujets ne vivent difficilement après l’expérience en se sachant capables d’obéir à des ordres conduisant à la mort d’autrui. S’il faudra attendre de voir pour juger de la qualité du programme de France 2, on peut craindre que l’équipe de production de l’émission n’ait pas eu le même sens de l’éthique que Milgram. Que se passera-t-il lors de la diffusion du documentaire ? Quelles seront les répercutions de la diffusion sur les cobayes ayant administré la décharge la plus importante ?

Dans l’article de Libé publié ce week-end, la production explique que l’expérience est encadrée par des scientifiques. Que les candidats sont débrieffés. La Science comme autorité légitime pour évacuer des questions ethiques ? Une expérience de Milgram dans l’expérience de Milgram. Etrange mise en abime.

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Live Nation, le futur de l’industrie musicale ?

Publié par Philippe le 15 mars 2009

Classé dans Dans l'actu, Stratégie

La loi Hadopi a été adoptée par les députés cette semaine : Les personnes téléchargeant des fichiers vidéos ou musicaux illégaux pourront dorénavant voir leur connexion Internet suspendue et devront payer une grosse amende.

Passons sur l’inapplicabilité de la mesure (voir ici). Passons aussi sur les erreurs stratégiques passées des major companies (les professionnels et les artistes qui perdent leur job n’ont pas à payer pour les bourdes de leurs anciens patrons). Passons enfin sur les craintes relatives à la protection des libertés individuelles car sur ce dernier point, je ne suis pas certain qu’un système de licence globale  présente plus de garanties (avec un système de licence globale, il faudrait en effet pouvoir surveiller les consommations des internautes pour répartir les recettes aux ayant-droits).

Hadopi, c’est surtout un très mauvais cadeau fait par le gouvernement à la filière du disque. D’abord parce que cette loi entérine un discours qui oppose les producteurs au consommateurs de musique… et que je ne connais pas une seule industrie qui soit parvenue à se développer en affichant ostensiblement une volonté de punir ses clients.

Ensuite parce qu’elle donne l’illusion qu’on pourra protéger, ad vitam eternam, un modèle économique fondé sur la rareté (des supports physiques, des fichiers numériques protégés, etc.) ce qui empêchera probablement les industries culturelles de muer et de trouver d’autres manières de créer de la richesse.

Pour les modèles alternatifs, on pourra par exemple aller chercher du coté de Live Nation, cette jeune multinationale de la musique qui propose à des artistes globaux (Madonna, les Rolling Stones) des contrats à 360°. Dans ce modèle, les recettes générées par les ventes de disques ou de fichiers musicaux sont marginales. L’essentielle de la valeur est générée par les concerts, la gestion des droits, les produits dérivés, les fan-clubs, les contrats publicitaires, etc. [oui, ce modèle ressemble beaucoup à celui de la fédération américaine de catch dont j'avais déjà parlé ici].

Seul problème : Live Nation se concentre sur les superstars… et laisse de coté l’immense majorité des artistes. Dans le monde de Live Nation, les tournées sont réservées à des consommateurs capables de débourser plusieurs centaines d’euros pour s’acheter une place de concert. Avec l’absorption récente de Ticketmaster, Live Nation devient un mastodonte.

Pour la diversité musicale et la culture pour tous… on repassera. L’approche systémique du business de la musique pourrait néanmoins inspirer les producteurs français. A voir…

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