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Stratégie

La RSE à la rescousse théories du Management ?

Publié par Philippe le 28 décembre 2009

Classé dans Humeurs, Stratégie

Petit message introductif à mes étudiants en Management Stratégique : Ne lisez pas le reste de ce billet : le « competitive advantage » et la « firm performance » sont les deux mamelles de la Stratégie. Bon courage pour vos révisions. Pour l’exam final, n’oubliez pas de trouver un fil directeur et de choisir les outils les plus pertinents par rapport à ce fil directeur. Pensez à organiser vos recommandations et à les développer (je préfère trois recommandations approfondies et bien articulées que 15 idées jetées à l’arrache à la fin de votre copie). Essayez de justifier chaque recommandation en termes de pertinence (reprenez les éléments que vous avez mis en avant dans votre diagnostic), de faisabilité et d’acceptabilité [fin du brieff pour les révisions].

Les choses sérieuses maintenant. Mon ami Marc Dupuis, professeur émérite à l’ESCP Europe, m’a récemment envoyé un lien vers un article consacré à la RSE sur le blog de Démocratie et Entreprises, un think tank progressiste s’intéressant au monde du Management. Comme je l’indiquais dans mon billet précédent, j’ai tendance à voir d’un très bon œil toute réflexion critique consacrée à l’entreprise. Au-delà des « critical studies » (qui sont absolument indispensables), les Sciences de Gestion dans leur ensemble gagneraient à sortir du pragmatisme de façade à l’intérieur duquel elles se sont un peu enfermées en accordant trop d’importance (à mes yeux) aux thématiques de liées à la performance et à l’avantage concurrentiel.

L’idée de Marc (que vous pourrez retrouver ici) est la suivante : il est temps de repenser le rôle des entreprises et de sortir du « make money and profit » (le rôle de l’entreprise selon l’économie libérale) pour embrasser des préoccupations liées à leur responsabilité sociale et environnementale (RSE). L’essor de la thématique de la RSE (observable depuis le début des années 2000) fait prendre un sacré coup de vieux aux théories orthodoxes du Management (c’est moi qui rajoute le « orthodoxe ») et justifie de nouveaux développements conceptuels. Marc insiste particulièrement sur deux domaines de recherche : la notion de parties prenantes et la théorie des « core competencies ».

Marc est optimiste et il a bien raison de souligner que la mise entre parenthèses du sempiternel « make money and profit » de Milton Friedman vient ouvrir des perspectives excitantes aux chercheurs. Ceci dit… ces derniers n’ont pas attendu la RSE pour s’intéresser à autre chose qu’au profit… et je ne suis pas forcément convaincu du pouvoir de transformation des approches par les parties prenantes et par les « core competencies ».

Concernant les parties prenantes… j’ai toujours du mal à comprendre le sens de cette approche. On peut faire des typologies à l’infini, identifier, classer les parties prenantes, essayer de travailler à la satisfaction de toutes les parties prenantes (et plus uniquement des actionnaires)… mais depuis les travaux fondateurs de Freeman, je ne vois pas d’avancée qui puisse conduire à une vision renouvelée du Management. Au mieux, on adopte une définition un peu élargie de la valeur (on retrouve les grands débats sur l’opposition valeur actionnariale versus valeur partenariale)… au pire, on retombe sur des discours très normatifs appréhendant les attentes des parties prenantes comme des contraintes à satisfaire pour engranger un maximum de profits (pas très nouveau, pas très progressiste, pas très excitant).

Pour les « core competencies »… le constat sera peut-être encore plus sombre. Je veux bien que l’approche de Hamel et Prahalad puisse être considérée comme une vraie révolution dans l’univers du Management Stratégique des eighties qui avait tendance à assimiler la réflexion Stratégique à un simple diagnostic externe… mais le message qu’adressent les deux auteurs aux managers dans leur ouvrage « Competing for the future » est plutôt clair (dans le genre titre mégalo… bon ok j’arrête). Il s’agit avant tout d’identifier et utiliser les compétences clés (ignorées dans l’analyse porterienne) pour créer et renouveler un avantage concurrentiel. Autrement dit, les leviers sont différents mais l’objectif reste le même : l’avantage concurrentiel (une version soft du « make money and profit » de Friedman).

Pour résumer le fond de ma pensée : les deux théories citées par Marc viennent rafistoler un modèle un peu périmé. Si on voulait vraiment créer un modèle alternatif de Management (puisque HEC a créé une majeure « Management Alternatif ») c’est bien sur la finalité de l’action managériale qu’il conviendrait de s’interroger.

Faute de remise en cause profonde du concept d’avantage concurrentiel, la RSE ne sera qu’un plug-in de plus à rajouter à l’approche orthodoxe du Management.

D’un point de vue personnel, j’aurais tendance à commencer par étudier la finalité que donnent à leurs actions ceux qui fabriquent la Stratégie et le Management (ces acteurs n’étant pas uniquement des directeurs généraux) mais c’est peut-être une déformation personnelle liée à mon attachement au champ de la Strategy-as-practice. Partant de là, la recherche en Sciences de Gestion pourrait s’en tenir à un objectif d’émancipation des praticiens : comprendre les organisations pour leur donner des clés et leur permettre de se réapproprier leur destin plutôt que de proposer des outils supposés améliorer la performance (performance qu’on est toujours bien en peine de définir).

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Les congés de l’enseignant-chercheur

Publié par Philippe le 6 août 2009

Classé dans Stratégie

Une fois n’est pas coutume… un peu de pub pour ce billet, publié sur le blog d’un prof de fac, et qui décrit assez bien la période estivale telle qu’elle est vécue par les chercheurs.

Entre les deadlines d’articles en envoyer, les projets en cours (pour moi, la finalisation de ma thèse), les projets qu’on a dans un coin de la tête et qui essaie de faire murir, les lectures… le chercheur n’est jamais vraiment en vacances et doit convaincre un monde incrédule que ce n’est pas parce qu’il ne va pas pointer tous les matins qu’il ne travaille pas.

Bien vu, le billet est à lire ici.

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J‘ai déjà parlé, ici, du modèle économique surprenant de la WWE, la fédération américaine de catch. Voici l’histoire d’un canular qui a un peu dérapé. Suffisamment en tous les cas pour faire dégringoler le cours de l’action de cette entreprise.

On le sait, tout est factice dans le catch : Les gagnants et les perdants sont désignés à l’avance, les coups sont simulés et les rivalités écrites par une équipe de scénaristes. Vince McMahon, le président de la WWE, se met d’ailleurs régulièrement en scène pour interpréter à l’écran, le redoutable Mr. McMahon. Ce personnage de patron machiavélique, qui n’hésite pas à monter sur le ring pour se faire botter les fesses par les moins dociles de ses employés, est particulièrement détesté des fans : le méchant idéal.

Dans la vraie vie, Vince McMahon s’occupe de tout aux coté de sa femme Linda et de ses enfants Shane et Stephanie : du recrutement des athlètes à la coordination de l’équipe de scénaristes. Pour faire grimper les audiences de Monday Night Raw, la principale émission de catch produite par la WWE, il imagine régulièrement des scénarios délirants.

Sa dernière trouvaille : simuler la vente de l’émission à Donald Trump. Le 15 juin dernier, Donald Trump est donc apparu en direct sur USA (filiale de NBC), la chaîne câblée qui retransmet le show, pour annoncer qu’il était le nouveau propriétaire… et que l’émission de la semaine suivante serait diffusée sans aucune publicité (seule la dernière partie de l’histoire était vraie).

Monday Night Raw - 15 juin 2009

Pour rendre la supercherie plus crédible, le diffuseur américain a même envoyé un communiqué de presse aux rédactions américaines confirmant le rachat de Monday Night Raw par le milliardaire.

Le hic, c’est que la WWE est cotée en bourse… et que les investisseurs ont réellement cru que McMahon avait revendu le plus gros actif de l’entreprise. Panique sur les marchés financiers.

Rétropédalage jeudi matin avec un nouveau communiqué de presse : « hé ho, c’était pour de faux ». L’histoire aura finalement duré moins longtemps que prévu. Hier à la télévision, Vince McMahon prétendait racheter l’émission à pour deux fois sa valeur. L’occasion de lancer un cultissime « You’re Fired » à Donald Trump.

Un beau coup de pub pour Donald Trump qui lance, ce mois ci, la nouvelle saison de son émission de télé réalité « The Apprentice »… sur NBC. Une belle illustration, aussi, de la théorie des parties prenantes : Si les fans de l’émission ont visiblement beaucoup apprécié (avec 4,5% de parts d’audience, l’émission a atteint son meilleur score depuis janvier 2006), les investisseurs ont à l’évidence détesté (le cour de l’action a perdu près de 15% de sa valeur en une semaine).

A l’heure actuelle, la SEC, le gendarme de la bourse américaine, ne semble pas vraiment disposée à  se saisir de cette affaire pourtant assimilée par certains médias américains à une divulgation de fausse information (le reportage de Fox Business ici). Les actionnaires mécontents pourront toujours essayer de défier Vince McMahon dans un match en cage… lol.

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Théorie des conventions : la preuve par l’image

Publié par Philippe le 11 juin 2009

Classé dans Illustrations, Stratégie

C‘est le buzz vidéo du moment. Lors du Sasquatch festival le mois dernier aux Etats-Unis, un homme (un peu éméché semble-t-il) commence à danser. Il est rapidement rejoint par un deuxième… un troisième… un quatrième… un cinquième… c’est l’effet boule de neige. Un mouvement de foule est en marche.

Petite lecture conventionnaliste de cette séquence qui montre, en fait, comment une convention peut se créer (« danser n’importe comment au son de la musique ») en opposition à une autre convention qui lui pré-existe (« lézarder au soleil en regardant le concert »).

L’individu à l’origine du mouvement est ,au départ, un déviant. Alors que tout le monde est tranquillement installé sur l’herbe, il décide seul de commencer à se tortiller.

Ses gesticulations n’éveillent pas l’attention des autres individus. Au mieux, elles font tout juste l’objet de regards plus que dubitatifs (si si, regardez le monsieur au t-shirt rouge et à la casquette verte). L’innovateur est pourtant rejoint par un autre individu.

A ce moment précis, la convention n’est pas encore stabilisée. Alors que le premier individu continue à se tortiller, le second adopte une autre attitude consistant à se rouler par terre. Il y a dissonance.

Au gré de leurs actions et de leurs interactions, les deux participants arrivent à mettre en place un nouvel ordre conventionnel. Cet équilibre instable est rapidement bouleversé par l’arrivée d’un troisième individu qui rajoute un peu de complexité à la convention en remuant son popotin. Peu à peu, les trois compères se coordonnent, par imitation réciproque. La convention devient plus stable, plus convaincante… et donc plus attractive.

Il n’en faut pas plus pour que le petit groupe soit rejoint par deux nouveaux individus. Et c’est à ce moment là que surgit un point de non retour. Le nombre des adopteurs augmente alors de façon exponentielle (souvenez vous… la courbe en S des théories de la diffusion…). Le pouvoir d’attraction s’accroit à mesure que les individus sont de plus en plus nombreux. Nous retrouvons ici une nouvelle caractéristiques des conventions : elles sont auto renforçantes (un peu à la manière des prophéties auto réalisatrices).

La convention n’est ni tout à fait la même qu’au début, ni tout à fait différente. Elle a évolué… s’est structurée. Les comportements sont désormais très normalisés : tous les monde lève les bras et se met à crier. Si quelques irréductibles continuent, indéfectiblement, à lézarder au soleil… les plus dubitatifs finissent, bon gré mal gré à rejoindre le mouvement… quitte à faire le service minimum en levant mollement le bras (il y a donc des variations dans le degré d’adhésion à la convention).

La musique s’arrête. La convention survivra-t-elle à ce changement des conditions externes ? Mystère et boule de gomme…

Quelques enseignements qui confirment globalement les idées de la théorie des conventions telle qu’elle a été formulée par Pierre-Yves Gomez. La convention n’est pas un phénomène holiste qui s’imposerait aux individus puisqu’il est le produit des actions et des interactions de ces derniers. Les individus sont toujours libre de l’adopter… ou pas… et ont même une marge de manœuvre dans leur adhésion. La liberté individuelle est d’ailleurs le résultat de plusieurs conventions alternatives : un univers normé serait donc la condition sine qua non à la liberté individuelle ?

Mmmm, il est grand temps que j’ailles me coucher.

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Les stratèges sont-ils des moutons ?

Publié par Philippe le 17 mai 2009

Classé dans Stratégie

Les manuels de Management Stratégique décrivent souvent l’imitation de ses concurrents comme une voie sans issue.

Derrière cette préconisation, plusieurs dizaines d’années de recherche en Stratégie mettant en exergue les avantages des premiers entrants, la nécessité d’avoir un positionnement original, les bienfaits de l’innovation… et la dangerosité de l’imitation pour les entreprises imitées.

N’empêche que quand on s’intéresse un peu à la vie des entreprises, on constate que le benchmarking, les best-practices dissimulent souvent des comportements mimétiques.

Voilà le point de départ de la revue de littérature que je présenterai dans quelques semaines à l’AIMS et qui essaie de mettre en perspective plusieurs courants théoriques s’intéressant à la question de l’imitation concurrentielle.

  • Les stratèges sont-ils des moutons ? Revue de littérature et perspectives pour la recherche en Stratégie. Conférence de l’AIMS, Juin 2009, Grenoble http://s.scribd.com/images/filetypes/pdf_16x16.gif?1233897589

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Live Nation, le futur de l’industrie musicale ?

Publié par Philippe le 15 mars 2009

Classé dans Dans l'actu, Stratégie

La loi Hadopi a été adoptée par les députés cette semaine : Les personnes téléchargeant des fichiers vidéos ou musicaux illégaux pourront dorénavant voir leur connexion Internet suspendue et devront payer une grosse amende.

Passons sur l’inapplicabilité de la mesure (voir ici). Passons aussi sur les erreurs stratégiques passées des major companies (les professionnels et les artistes qui perdent leur job n’ont pas à payer pour les bourdes de leurs anciens patrons). Passons enfin sur les craintes relatives à la protection des libertés individuelles car sur ce dernier point, je ne suis pas certain qu’un système de licence globale  présente plus de garanties (avec un système de licence globale, il faudrait en effet pouvoir surveiller les consommations des internautes pour répartir les recettes aux ayant-droits).

Hadopi, c’est surtout un très mauvais cadeau fait par le gouvernement à la filière du disque. D’abord parce que cette loi entérine un discours qui oppose les producteurs au consommateurs de musique… et que je ne connais pas une seule industrie qui soit parvenue à se développer en affichant ostensiblement une volonté de punir ses clients.

Ensuite parce qu’elle donne l’illusion qu’on pourra protéger, ad vitam eternam, un modèle économique fondé sur la rareté (des supports physiques, des fichiers numériques protégés, etc.) ce qui empêchera probablement les industries culturelles de muer et de trouver d’autres manières de créer de la richesse.

Pour les modèles alternatifs, on pourra par exemple aller chercher du coté de Live Nation, cette jeune multinationale de la musique qui propose à des artistes globaux (Madonna, les Rolling Stones) des contrats à 360°. Dans ce modèle, les recettes générées par les ventes de disques ou de fichiers musicaux sont marginales. L’essentielle de la valeur est générée par les concerts, la gestion des droits, les produits dérivés, les fan-clubs, les contrats publicitaires, etc. [oui, ce modèle ressemble beaucoup à celui de la fédération américaine de catch dont j'avais déjà parlé ici].

Seul problème : Live Nation se concentre sur les superstars… et laisse de coté l’immense majorité des artistes. Dans le monde de Live Nation, les tournées sont réservées à des consommateurs capables de débourser plusieurs centaines d’euros pour s’acheter une place de concert. Avec l’absorption récente de Ticketmaster, Live Nation devient un mastodonte.

Pour la diversité musicale et la culture pour tous… on repassera. L’approche systémique du business de la musique pourrait néanmoins inspirer les producteurs français. A voir…

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Cours de Stratégie : Point méthodologie

Publié par Philippe le 4 mars 2009

Classé dans Enseignement, Stratégie

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis la dernière mise en ligne des slides de mon cours de Stratégie. Entre les vacances, la correction de l’interrogation écrite de mi parcours, les cas pratiques, et les présentations orales des étudiants… C’est vrai que le rythme de la progression théorique s’est un peu ralenti.
Le document suivant revient sur les aspects méthodologiques du travail final (une monographie problématisée).
[continuer…]

La Newsfactory, une révolution dans les médias ?

Publié par Philippe le 22 février 2009

Classé dans Illustrations, Médias, Stratégie

Télérama publie cette semaine un papier intéressant consacré à NextradioTV, groupe média diversifié dont j’avais déjà parlé sur ce blog (le lien ici). Pour le dire de façon « soft », l’article est plutôt critique à l’égard des méthodes de Management mises en place par Alain Weill, président du groupe.

Souvent évoquée comme une piste de réforme de l’audiovisuel public français, l’organisation en newsfactory est décrite comme particulièrement oppressante pour les salariés du groupe. L’occasion de faire le point sur cette évolution des structures organisationnelles qui concerne aujourd’hui de nombreux groupes de médias dans le monde.

La Newsfactory by RMC

Quelques mots sur les structures

En des temps antiques, les entreprises étaient gérées de façon centralisée. Les tâches y étaient relativement indifférenciées. Le boss se chargeant de coordonner son équipe et de dire à chacun ce qu’il devait faire. Ce type d’organisation est encore la règle dans la plupart des petites entreprises.

Et puis… les organisations se sont complexifiées. Les tâches sont devenues plus techniques. Pour gagner en efficacité, les entreprises se structurent en fonctions (administration, production, distribution…). Exit la structure simple, place à la structure fonctionnelle.

Arrivent les 70’s. Ah… les 70’s, le disco, les chemises de Magnum… je digresse. En Management, les années soixante-dix coïncident surtout avec l’apparition d’organisations beaucoup plus grandes, et plus diversifiées qu’auparavant. Pour gérer ces conglomérats, le Stratégie est érigée au rang de Science… on parle alors de planification stratégique. Coté organisation, les conglomérats s’organisent souvent par divisions correspondant à leurs domaines d’activité stratégique. Cette nouveau type de structure, appelé forme en M ou structure multi-divisionnelle se diffuse jusqu’à ce qu’on se rende compte du cloisonnement qu’il pouvait instituer.

On invente alors la structure matricielle, plus flexible, plus réactive, mieux adaptée aux entreprises globalisées… mais aussi plus stressante et moins lisible pour les salariés.

Cette histoire très linéaire, c’est souvent celle que l’on raconte aux étudiants pour aborder le thème des structures organisationnelles. Bien sûr, les choses ne se sont pas déroulées exactement de cette façon. Bien sûr, chaque structure présente ses avantages et ses inconvénients. Bien sûr, l’organisation ne se limite pas à la structure.

Retour à la structure fonctionnelle ?

Dans le secteur des médias, la structure dominante a longtemps été la structure divisionnelle, les rédactions étaient relativement dissociées, chaque journaliste travaillant pour un titre de presse écrite, pour une chaine de télévision, pour une station de radio ou pour un site Internet bien identifié. Aujourd’hui encore, lorsqu’un journaliste se présente, il commence souvent par le média pour lequel il travaille.

Introduit par la BBC, le modèle de la Newsfactory vient profondément remettre en cause cette orthodoxie professionnelle. Les rédactions du groupe audiovisuel public britannique sont fusionnées pour fabriquer l’information qui alimente les différents médias du groupe. La structure évolue alors pour se rapprocher d’une bonne vieille structure fonctionnelle : des reporters alimentent l’entreprise en infos fraiches qui seront reformatées par des journalistes de Desk… et distillées sur tous les canaux du groupe.

Deux idées guident alors cette réorganisation.

D’abord, la convergence des technologies de l’information et de la communication rend obsolète la distinction stricte entre les différents médias. Les journaux développent de plus en plus des sites Internet. Les journaux payants vendent leurs infos les journaux gratuits. L’heure est au décloisonnement. Puisque les médias deviennent des usines à fabriquer des contenus, les rédactions deviennent des usines à fabriquer de l’information.

Il s’agit ensuite de réaliser des synergies. Les groupes médias sont de plus en plus diversifiés, autant établir des ponts entre les rédactions pour gagner en efficacité. Dans la newsfactory, les journalistes ne sont plus spécialisés par médias mais par thèmes (culture, sport, économie…).

L’organisation idéale ?

Souvent, les synergies se limitent néanmoins à la réduction des coûts. Un modèle low-cost revendiqué par la direction de RMC et dont les conséquences sociales sont clairement pointées du doigt dans l’article de Télérama. Le manque de moyens se traduit par une surcharge de travail pour des journalistes payés au lance-pierre. Au-delà du stress engendré par ce modèle, les collaborateurs ont de plus en plus de mal à vérifier leurs informations. Leur productivité est mesurée au regard du nombre de lignes produites. Taylorisation… quand tu nous tiens.

Plus que le modèle de la Newsfactory en lui-même, qui est rendu indispensable par l’évolution actuelle des médias, ce sont les conséquences sociales de la démarche du groupe qui sont en cause. Les synergies permises par la Newsfactory pourraient consister en un développement d’expertises plus pointues chez les journalistes… force est de constater qu’elles se réduisent souvent à du cost-killing. Dommage… encore une fois, l’efficacité opérationnelle prend le pas sur la stratégie.

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Cours de Stratégie : Chapitre 4

Publié par Philippe le 11 février 2009

Classé dans Enseignement, Stratégie

Le chapitre 4 aborde la thématique de la stratégie corporate. Les notions de diversification et de spécialisation sont traitées dans la section 2. La section 3 traite la question de la gestion du portefeuille d’activités (matrice BCG, matrice McKinsey…). Les aspects liés au différents rôles du siège et aux modalités de développement de l’entreprise font l’objet des deux dernières sections
[continuer…]

Goom, l’avenir de la radio ?

Publié par Philippe le 7 février 2009

Classé dans Médias, Stratégie

Créée il y a quelques mois par deux anciens dirigeants de NRJ (Roberto Ciurleo et Emmanuel Jayr), Goom radio a le mérite d’apporter un peu d’air frais dans un univers très très normé. J’avais eu l’occasion de rencontrer Roberto dans le cadre des entretiens réalisés pour ma thèse. Roberto avait longuement évoqué les webradios de NRJ qu’il avait largement contribué à créer. Autant dire que je n’ai pas été surpris de retrouver la même vision stratégique avec Goom.

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Car Goom radio, c’est avant tout un bouquet de radios musicales thématiques (Hit, musique urbaine, R’n'b… ) écoutables sur Internet ou via un iphone et dont l’ambition est d’être diffusées sur la future radio numérique. Un robinet à musique 2.0 financé par la publicité (3 minutes de pub par heure). Plutôt classique.

L’idée de départ ? diffuser la musique qui ne passe pas à la radio. Une opérationnalisation de la désormais très connue théorie de la longue traine : niche+niche+niche=beaucoup d’auditeurs.

Goom, c’est aussi cinquante salariés, 50 millions d’euros de budget, une technologie de diffusion très particulière, des partenariats avec Allociné, SFR ou en encore Têtu pour créer des webradio sur mesure… et un culte du secret poussé jusqu’à l’extrême sur les modes de fabrication. Il parait que pour visiter les locaux de Goom, il faut d’abord s’engager à ne rien divulguer. On n’avait pas vu ça depuis la zone 51 :p

Rajoutez un peu de buzz, une histoire de clip publicitaire censuré par NRJ lors du dernier concert de Madonna en France (ici), des accusations de plagiat émanant de NRJ (délicieux quand on se souvient que Roberto Ciurléo, lorsqu’il dirigeait les programmes de NRJ, accusait régulièrement les radios locales de concurrence déloyale), des procès en cours… et vous comprendrez comment le site parvient à faire parler de lui-même.

Sur le net, Goom joue la carte des réseaux sociaux. Les visiteurs peuvent créer leur profil, créer leurs radios (avec leur propre playlist… des jingles entre les disques… comme une vraie radio), avoir des amis. Et c’est probablement là que les pistes d’amélioration sont les plus importantes. Le web 2.0 et la radio sont en effet deux métier différents. Sur le réseau Goom, pas grand monde. Difficile de retrouver ses amis. Possibilités d’interaction limitées. Ergonomie laborieuse et surtout… pas de possibilité d’intégrer sa radio à un profil myspace, facebook ou à un blog : Le site web de Goom reste un passage obligé.

Autant dire que la Goom va avoir du mal à déborder de son public d’accros de la radio. Encore un effort…

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