Je me suis penché (un peu après tout le monde, c’est vrai) sur un documentaire en trois parties diffusé récemment par France 3 : « La mise à mort du travail ». Autant le dire tout de suite, ce documentaire est une vraie œuvre critique, un travail remarquable qui donne à voir ce qui – trop souvent – n’est montré que dans des travaux de recherche (pas très spectaculaire en fait).
Si le premier volet consacré à un conflit entre des caissières et leur employeur est bouleversant, ce sont les deux autres épisodes qui m’ont semblé les plus riches en enseignements.
L’immersion dans l’univers de Carglass (deuxième partie) fait froid dans le dos. Le décalage entre la Stratégie affichée par le directeur général (qualité de service pour le client, différenciation) et la réalité de l’organisation abyssal. Dans le call-center, la transposition de l’organisation taylorienne à un univers de service, la souffrance engendrée par la dépersonnalisation et l’obligation de respecter le script, le contrôle, la surveillance. Devant la caméra, les théories des organisations et les analyses de Foucault deviennent tout d’un coup terriblement concrètes.
Dans le troisième volet, consacré à l’entreprise Fenwick, c’est en fait l’univers du conseil en Stratégie et en Organisation qui est étudié. Les deux consultants mandatés pour formaliser le savoir tacite des vendeurs les plus performants sont incontestablement des experts en théories fumeuses et en flagornerie (besoin de reconnaissance, es-tu là ?). En décrivant le fonctionnement de KKR (la maison mère de Fenwick), le réalisateur Jean-Robert Viallet parvient à rendre intelligible des mécanismes complexes (le LBO notamment) et montre de quelle manière la stratégie de l’entreprise peut s’assimiler à de la vente à la découpe lorsque la politique du siège se limite à une simple gestion de portefeuille d’activités.
Le tableau est donc très noir (trop peut-être). La grille de lecture adoptée (tout ça c’est la faute aux logiques de rentabilité) est un peu simpliste (le doc met surtout en avance les conséquences de certaines pratiques de gestion). Il n’empêche que l’esprit critique du documentaire est absolument indispensable dans un domaine, le Management, où la critique a trop souvent été évacuée au nom d’un prétendu pragmatisme. Le mini-site consacré au documentaire ici.








