La notion de « modèle économique » est toujours un peut difficile à faire passer auprès des étudiants. Quant on reprend la définition du concept donnée par un manuel de référence, on peut lire que « le modèle économique décrit la combinaison de facteurs financiers, commerciaux, techniques et opérationnels qui sous-tend le fonctionnement d’une organisation… » (Johnson et al. 2008, p.10) : pas super clair.
Le mieux, c’est encore de partir de l’image de la « recette de cuisine » et de donner un exemple. En voici un qui a la particularité de ne pas être une entreprise industrielle puisqu’il concerne la fédération américaine de catch.

La WWE est une entreprise familiale qui a été introduite en bourse il y a quelques années. Même si elle n’est pas épargnée par la crise actuelle (voir ici), il s’agit d’une des entreprises les profitables du sport-business américain avec 485 millions de dollars de recettes générées en 2007 pour un résultat de 52M$. Sur son site Internet corporate, voici comment elle explique son modèle économique à des investisseurs pas forcément accros au catch.
« Our formula is straightforward. We develop compelling content anchored by our Superstars. We market this content to drive television ratings, which, in turn, drive pay-per-view buys, live event attendance, WWE.com traffic and branded merchandise sales and other business initiatives. Our strategy is to capitalize on the significant operating leverage of our business model through the distribution of this intellectual property across existing media platforms, as well as new and emerging distribution platforms. »
On comprend, en filigrane, que les shows hebdomadaires produits par la compagnie (diffusés en France sur les chaînes câblées NT1, RTL9 et Action) n’ont pas vocation à lui rapporter de l’argent. Les audiences générées permettront, en revanche à l’entreprise d’augmenter les ventes de ses pay-per-views (des shows mensuels retransmis sur des services de vidéo à la demande et facturés 30$), de vendre des figurines, des DVD, des jeux vidéos et d’organiser des tournées non retransmises à la télévision.

Une « recette » imaginée par Vince McMahon (en photo haut du schéma) lorsqu’il a racheté l’affaire familiale au début des années 80 et qui imprègne aujourd’hui l’ensemble des fonctions de l’entreprise. Cet extrait d’une interview donnée le mois dernier par Stéphanie McMahon-Levesque à la chambre des représentants en est l’illustration.
« We have right now 15 pay‐per‐views scheduled in ’08. [...] So that is roughly a pay‐per‐view every 3 weeks. That is where we make a lot of our money [...].
So if we know we have a 3‐week promotion and we know our main‐event match is ‐‐ I will just say two superstars. I am not sure how familiar you guys are. But say it is Randy Orton versus John Cena. We know we have 3 weeks to make that match as compelling as possible to hopefully intrigue the buyer to want to pay to see the match. So that is what we try to do. »
En plus d’être la fille du patron, la femme de Triple H (un des deux gros balaizes sur la photo en haut de l’article) et d’apparaitre régulièrement dans les émissions de télévisions produites par la WWE, Stéphanie McMahon est vice-présidente de l’entreprise en charge de l’équipe créative (qui est à l’origine des intrigues, attribue les rôles de gentils et de méchants, décide de l’issue des matchs), des évènements live (logistique, organisation des tournées) et des relations avec les « talents » (négociation des contrats).
Une grosse partie de son travail avec l’équipe créative consiste à rendre les pay-per-views aussi excitants que possible… les émissions hebdomadaires ne sont en fait que de grosses bande-annonces.
Note pour plus tard : Éviter de dire à votre petit neveu de 12 ans que tout ce qu’il voit à la télé… c’est pour de faux.
Johnson, Scholes, Whittington et Frery (2008) Stratégique (8ème édition), Pearson









{ 4 comments }
Kôôaaaa ? Le catch c’est pour de faux ? On m’aurait menti ? Amusant ce billet.
Ils doivent bien s’ennuyer les députés américains pour interviewer la vice-présidente de la fédération de catch.
Désolé Dom… c’est la triste vérité.
@Michel : Les députés américains s’intéressent à la WWE depuis qu’un de leurs catcheur s’est suicidé après avoir tué sa femme et son fils parce qu’il était devenu fou à force de prendre des stéroïdes et de sauter la tête la première depuis la troisième corde. L’affaire a fait grand bruit…
Chris Benoit n’est pas la seule victime du machiavelique Mr McMahon. Quand on regarde bien, c’est une vrai écatombe. Les catcheurs meurent presque tous avant 50 ans.
Il suffit de voir ce reportage qui été passé sur Canal pour dénoncer tout ça. C UN VRAI SCANDALE!!!
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