Moneyball : un bon film, une leçon de Management

by Philippe on Dimanche 4 décembre 2011

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Avant d’être un excellent film porté par Brad Pitt, Moneyball (le Stratège dans sa version française) est un livre génial écrit par Michael Lewis. Avant d’être un livre génial, Moneyball est une vraie histoire : celle de l’équipe de Baseball des Oackland Athletics et de Billy Beane, le General Manager.

Devant faire face à une vague massive de départs de ses meilleurs joueurs et confronté aux limites budgétaires de son entreprise, Billy Beane entreprit en 2002 de rompre avec les codes de l’industrie du Baseball. Le nouveau paradigme introduit par Beane fut d’abandonner l’idée consistant à considérer qu’une bonne équipe de Baseball devait forcément être composée de joueurs stars payés une fortune. Beane décida alors de recruter des joueurs sous-évalués par les clubs concurrents afin de maximiser l’efficacité de son équipe tout en tenant compte de ses contraintes financières : La micro-économie néoclassique au service du Baseball.

 

L’histoire de Beane et des Oackland Athletics peut être utilisée pour illustrer un concept bien connu en stratégie : La stratégie océan bleu. Développé par Kim et Mauborgne (2005), ce concept part d’une idée assez simple. Dans des industries où la concurrence féroce empêche les entreprises de créer de la valeur, il est parfois plus payant de rompre avec le cadre stratégique environnant que d’essayer de surpasser ses concurrents à l’intérieur du cadre existant. Ce type de démarche permet de mettre la concurrence hors-jeu en sortant du dilemme porterien traditionnel entre différenciation et diminution des coûts.

L’exemple le plus fréquemment cité pour illustrer cette idée est probablement celui de Nintendo qui, avec sa console Wii, a su rompre avec l’orthodoxie de son secteur en développant une nouvelle conception de son métier où la convivialité et la simplicité d’utilisation devenaient les variables les plus importantes pour toucher des cibles délaissées par les fabricants de consoles traditionnels (la conquête des non-clients est également un aspect essentiel des stratégies océan bleu qu’on ne retrouve pas dans le cas des Oackland A’s).

En incitant les managers à réfléchir en dehors du cadre, le concept de stratégie océan bleu est, à n’en pas douter, une source d’inspiration et de réflexion intéressante. Il fournit en outre une grille d’analyse féconde pour expliquer a posteriori les succès d’entreprises qui, à l’instar du Cirque du Soleil, de Nintendo ou encore d’Apple ont su modifier les codes dans leurs industries respectives.

L’exemple de Moneyball permet néanmoins d’en esquisser certaines limites. Même si le modèle des Oackland Athletics a été repris par la quasi totalité des clubs de baseball américains, Billy Beane n’a jamais réussi à remporter le championnat américain. Les résultats positifs de ses initiatives ne sont apparus qu’à partir du moment où son projet était partagé avec l’ensemble des parties prenantes du club.

La stratégie océan bleu ne saurait donc constituer un argument suffisant pour justifier l’adoption d’idées hasardeuses :

  • Même lorsqu’elles sont pertinentes, les stratégies de ruptures ne sont pas forcément couronnées de succès.
  • Les bénéfices d’une innovation sont toujours délimités dans le temps (les bonnes idées étant souvent reprises par des concurrents heureux d’avoir pu déléguer les coûts et les risques d’une expérimentation hasardeuse).
  • Le marché a parfois besoin d’être éduqué… et ce travail d’éducation des consommateurs peut nécessiter du temps et des ressources.
  • La perte de légitimité occasionnée par l’adoption d’une stratégie de rupture peut être à l’origine d’une difficulté à obtenir des ressources de ses parties prenantes (par exemple des financements).
  • En interne, les résistances au changement ne sont pas forcément la conséquence exclusive du caractère disruptif du projet. Elles peuvent aussi être liées à des interrogations légitimes quant à sa pertinence. Les précautions en matière d’accompagnement du changement qui valent pour n’importe quelle stratégie le sont encore plus en matière de stratégie océan bleu.
Kim, W.C. et Mauborgne, R. (2005). Blue Ocean Strategy: How To Create Uncontested Market Space And Make The Competition Irrelevant. Harvard Business School Press.

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