La WWE publie, ce mois-ci, son rapport annuel 2009. Les données financières ne font pas apparaitre de surprise majeures : les principaux éléments ayant déjà été communiqués au public lors de la présentation des résultats du quatrième semestre 2009.
Il est cependant intéressant de voir de quelle façon l’entreprise communique sur sa stratégie. Dans la lettre annuelle qu’il adresse aux actionnaires de la WWE, Vince McMahon insiste cette année sur les réductions de coûts réalisées en 2009 qui ont selon lui permis de dépasser les objectifs de résultats financiers fixés en 2008 et ce malgré la crise.
L’entreprise de Stamford insiste, ensuite, sur les performances des programmes de télévision diffusés aux Etats-Unis : même si Smackdown et Raw ont vu leur audience se tasser légèrement, le lancement de WWE Superstars sur WGN porte le nombre de personnes regardant au moins un des shows chaque semaine à 15,9 millions (+ 600 000 sur un an). La WWE met, particulièrement en avant le concept de « guest-host » à Raw (à l’instar de Saturday Night Live, le show est animé par une célébrité différente chaque semaine) et confirme sa volonté de continuer à faire évoluer ses programmes pour les rendre encore plus familiaux.
La politique d’internationalisation de l’entreprise est expliquée : elle se limite principalement à la signature de nouveaux accords de diffusions au Royaume-Uni et en Chine. On comprend qu’à terme, l’idée est d’accroitre l’audience des programmes de la WWE pour développer les autres activités à l’international (produits dérivés, shows live, etc.)
Malgré des résultats assez décevants en 2009, la branche films reste une des priorités stratégiques affichées. Les performances médiocres de la WWE sur son activité cinématographique l’amènent cependant à revoir son modèle économique : au lieu de concentrer ses efforts sur un nombre limité de productions à gros budget, l’entreprise entend produire plus de films moins coûteux (commentaire tout à fait personnel : ça sent la production de nanards à la chaîne). Ces productions devraient sortir simultanément en salle, en DVD et VoD afin de limiter les coûts marketing associés à la promotion. Outre la promotion croisée dans les shows hebdomadaires, sur son site Internet et dans ses magazines, la WWE place des espoirs importants dans un nouveau partenariat avec Vivendi.
Le rapport annuel accorde également une place importante à la communication institutionnelle de la WWE (partenariats avec Make-a-wish, initiatives contre l’illettrisme, opération « tribute to the troops » en Irak, etc.). Rappelons que ces efforts ont été largement développés à la suite du scandale lié à la mort du catcheur Chris Benoit en 2007.
Enfin, Vince McMahon cherche à lever les craintes des investisseurs consécutives au départ de Linda McMahon (qui s’est lancée en politique) et de son fils Shane (parti, quant à lui, on ne sait pas trop où).
Comme chaque année, pas un mot la TNA dont les initiatives stratégiques récentes (concurrence frontale avec la WWE le lundi soir) se sont, il est vrai, soldées par des échecs.
Téléchargez le rapport annuel 2009.
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La notion de « modèle économique » est toujours un peut difficile à faire passer auprès des étudiants. Quant on reprend la définition du concept donnée par un manuel de référence, on peut lire que « le modèle économique décrit la combinaison de facteurs financiers, commerciaux, techniques et opérationnels qui sous-tend le fonctionnement d’une organisation… » (Johnson et al. 2008, p.10) : pas super clair.
Le mieux, c’est encore de partir de l’image de la « recette de cuisine » et de donner un exemple. En voici un qui a la particularité de ne pas être une entreprise industrielle puisqu’il concerne la fédération américaine de catch.

La WWE est une entreprise familiale qui a été introduite en bourse il y a quelques années. Même si elle n’est pas épargnée par la crise actuelle (voir ici), il s’agit d’une des entreprises les profitables du sport-business américain avec 485 millions de dollars de recettes générées en 2007 pour un résultat de 52M$. Sur son site Internet corporate, voici comment elle explique son modèle économique à des investisseurs pas forcément accros au catch.
« Our formula is straightforward. We develop compelling content anchored by our Superstars. We market this content to drive television ratings, which, in turn, drive pay-per-view buys, live event attendance, WWE.com traffic and branded merchandise sales and other business initiatives. Our strategy is to capitalize on the significant operating leverage of our business model through the distribution of this intellectual property across existing media platforms, as well as new and emerging distribution platforms. »
On comprend, en filigrane, que les shows hebdomadaires produits par la compagnie (diffusés en France sur les chaînes câblées NT1, RTL9 et Action) n’ont pas vocation à lui rapporter de l’argent. Les audiences générées permettront, en revanche à l’entreprise d’augmenter les ventes de ses pay-per-views (des shows mensuels retransmis sur des services de vidéo à la demande et facturés 30$), de vendre des figurines, des DVD, des jeux vidéos et d’organiser des tournées non retransmises à la télévision.

Une « recette » imaginée par Vince McMahon (en photo haut du schéma) lorsqu’il a racheté l’affaire familiale au début des années 80 et qui imprègne aujourd’hui l’ensemble des fonctions de l’entreprise. Cet extrait d’une interview donnée le mois dernier par Stéphanie McMahon-Levesque à la chambre des représentants en est l’illustration.
« We have right now 15 pay‐per‐views scheduled in ’08. [...] So that is roughly a pay‐per‐view every 3 weeks. That is where we make a lot of our money [...].
So if we know we have a 3‐week promotion and we know our main‐event match is ‐‐ I will just say two superstars. I am not sure how familiar you guys are. But say it is Randy Orton versus John Cena. We know we have 3 weeks to make that match as compelling as possible to hopefully intrigue the buyer to want to pay to see the match. So that is what we try to do. »
En plus d’être la fille du patron, la femme de Triple H (un des deux gros balaizes sur la photo en haut de l’article) et d’apparaitre régulièrement dans les émissions de télévisions produites par la WWE, Stéphanie McMahon est vice-présidente de l’entreprise en charge de l’équipe créative (qui est à l’origine des intrigues, attribue les rôles de gentils et de méchants, décide de l’issue des matchs), des évènements live (logistique, organisation des tournées) et des relations avec les « talents » (négociation des contrats).
Une grosse partie de son travail avec l’équipe créative consiste à rendre les pay-per-views aussi excitants que possible… les émissions hebdomadaires ne sont en fait que de grosses bande-annonces.
Note pour plus tard : Éviter de dire à votre petit neveu de 12 ans que tout ce qu’il voit à la télé… c’est pour de faux.
Johnson, Scholes, Whittington et Frery (2008) Stratégique (8ème édition), Pearson
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