La loi Hadopi a été adoptée par les députés cette semaine : Les personnes téléchargeant des fichiers vidéos ou musicaux illégaux pourront dorénavant voir leur connexion Internet suspendue et devront payer une grosse amende.
Passons sur l’inapplicabilité de la mesure (voir ici). Passons aussi sur les erreurs stratégiques passées des major companies (les professionnels et les artistes qui perdent leur job n’ont pas à payer pour les bourdes de leurs anciens patrons). Passons enfin sur les craintes relatives à la protection des libertés individuelles car sur ce dernier point, je ne suis pas certain qu’un système de licence globale présente plus de garanties (avec un système de licence globale, il faudrait en effet pouvoir surveiller les consommations des internautes pour répartir les recettes aux ayant-droits).
Hadopi, c’est surtout un très mauvais cadeau fait par le gouvernement à la filière du disque. D’abord parce que cette loi entérine un discours qui oppose les producteurs au consommateurs de musique… et que je ne connais pas une seule industrie qui soit parvenue à se développer en affichant ostensiblement une volonté de punir ses clients.
Ensuite parce qu’elle donne l’illusion qu’on pourra protéger, ad vitam eternam, un modèle économique fondé sur la rareté (des supports physiques, des fichiers numériques protégés, etc.) ce qui empêchera probablement les industries culturelles de muer et de trouver d’autres manières de créer de la richesse.
Pour les modèles alternatifs, on pourra par exemple aller chercher du coté de Live Nation, cette jeune multinationale de la musique qui propose à des artistes globaux (Madonna, les Rolling Stones) des contrats à 360°. Dans ce modèle, les recettes générées par les ventes de disques ou de fichiers musicaux sont marginales. L’essentielle de la valeur est générée par les concerts, la gestion des droits, les produits dérivés, les fan-clubs, les contrats publicitaires, etc. [oui, ce modèle ressemble beaucoup à celui de la fédération américaine de catch dont j'avais déjà parlé ici].
Seul problème : Live Nation se concentre sur les superstars… et laisse de coté l’immense majorité des artistes. Dans le monde de Live Nation, les tournées sont réservées à des consommateurs capables de débourser plusieurs centaines d’euros pour s’acheter une place de concert. Avec l’absorption récente de Ticketmaster, Live Nation devient un mastodonte.
Pour la diversité musicale et la culture pour tous… on repassera. L’approche systémique du business de la musique pourrait néanmoins inspirer les producteurs français. A voir…


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