Reed Hastings

Cas Netflix : Une rentrée difficile

by Philippe on Lundi 26 septembre 2011

in Cas Netflix,Stratégie

C‘est l’histoire d’une séparation difficile. Annoncée en juillet dernier, le découplage de l’offre historique de location de DVD par correspondance de Netflix et de son service de streaming avait été accueilli très négativement par les abonnés (voir ici). Les utilisateurs mécontents ne se sont, à l’évidence, pas contentés d’écrire des commentaires négatifs sur les réseaux sociaux : ils sont 600 000 à avoir résilié leur abonnement au cours du troisième trimestre 2011.

Si l’hémorragie semble relativement contenue (Netflix compte aujourd’hui plus de 24 millions d’abonnés américains), il s’agit d’un bien mauvais signal envoyé aux actionnaires. Pour la première fois de son histoire, Netflix perd en effet du terrain au profit de ses concurrents historiques et des entrants les plus récents sur le marché du streaming. L’annonce de ces mauvaises performances a été accueillie froidement par les marchés financiers : les 15 et 16 septembre derniers, l’action Netflix enregistrait en effet un recul de 25% (voir l’article des Echos).

Les plates excuses de Reed Hastings

Cette baisse spectaculaire a poussé Reed Hastings, fondateur et CEO de l’entreprise, à fournir des explications à ses clients. Dimanche 18 septembre 2011 sur le blog de l’entreprise, le dirigeant présentait en effet ses plus plates excuses à ses abonnés. Sur le fond, la décision de scinder les deux activités est néanmoins actée : les structures de coûts du streaming et du DVD par correspondance seraient devenues trop différentes pour pouvoir coexister au sein d’une même offre.

L’offre historique de Netflix sera prochainement commercialisée sous la marque Qwikster. Si des garanties ont été apportées aux utilisateurs sur le maintien des conditions tarifaires actuelles, un retour aux anciens tarifs de Netflix ne semble pas à l’ordre du jour. La scission des deux activités pourrait d’ailleurs constituer l’acte fondateur d’une cession permettant à Netflix de dégager les liquidités nécessaires au développement et à l’internationalisation de son activité streaming.

De nouvelles fonctions sociales

Les réactions négatives provoquées par l’annonce de la séparation des deux activités auraient pu être atténuées par l’annonce, jeudi dernier, d’un partenariat entre Netflix et le réseau social Facebook permettant aux abonnés de partager leurs dernières locations avec leurs amis (article de Wired ici).

Ces nouvelles fonctionnalités sociales sont néanmoins inaccessibles aux abonnés américains (qui constituent l’immense majorité des clients de Netflix) en raison d’une loi fédérale datant de 1988 (les détails ici). D’autres services de streaming ont pourtant commencé à proposer des fonctionnalités sociales. Depuis quelques jours, les abonnés à Spotify peuvent ainsi partager automatiquement les morceaux de musique qu’ils écoutent avec leurs amis. De son côté,  Hulu qui se pose désormais en principal concurrent de Netflix sur le marché américain, a fait un pas supplémentaire vers la « Social TV » en permettant à ses utilisateurs de publier et de commenter leurs émissions de télévision préférées sur Facebook (voir l’article de Techcrunch ici). Une occasion manquée ?

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Il semblerait que la mue de Netflix se soit accélérée. Selon le San Francisco Chronicle, son dirigeant Reed Hastings aurait ainsi déclaré « Netflix’s future is in the business of premium pay television delivered over the Internet ».

L’entreprise, qui est récemment devenue la principale source de trafic Internet en Amérique du Nord (source Techcrunch) a récemment annoncé la mise en place de nouveaux tarifs. A compter de septembre, les offres de DVD-by-mail et de streaming illimité seront commercialisées séparément au prix de 7,99$ par mois. Comme le révèle Techcrunch, il faudra donc débourser au minimum 15,98$ pour profiter des deux services (contre 9,99$ actuellement).

Selon LaTribune.fr, cette hausse s’expliquerait pas l’augmentation du coût des licences sur l’activité streaming (2 milliards de dollars l’année prochaine contre 180 millions en 2010) et par la fin de l’accord liant Netflix à Starz en 2012. Le développement du catalogue proposé par Netflix à ses abonnés en streaming a donc un coût, que l’entreprise entend désormais répercuter sur les factures de ses clients pour préserver ses marges.

Cette évolution traduit par ailleurs l’échec de la tarification mise en place par Netflix fin 2010. En proposant le service de DVD-by-mail comme une option adossée au streaming (7,99$ pour le streaming + 2$ pour la location de DVDs), l’entreprise espérait en effet voir une part importante de ses clients migrer vers le tout streaming (article du San Francisco Chronicle ici). L’activité DVD-by-mail serait devenue trop coûteuse : en bon gestionnaire de portefeuille, Netflix chercherait donc à utiliser les liquidités qu’elle génère pour développer le streaming quitte à sacrifier ses perspectives de croissance (vous reconnaitrez les prescriptions du bon docteur BCG).

Positivement accueillie par les marchés financiers (le 13 juillet, le cours de l’action Netflix a augmenté de 7,46$ pour se stabiliser à 298.73$), l’annonce des nouveaux tarifs a suscité des réactions négatives extrêmement vives chez les consommateurs. En quelques heures, 50 000 commentaires se sont ainsi accumulés sur la page Facebook de Netflix (source SF Chronicle) auxquels se sont ajoutées plusieurs dizaines de milliers de réactions postées sur Twitter ou sur le forum du site Internet de Netflix. Cette décision pourrait profiter à Amazon.com, Hulu ou Redbox qui devraient voir migrer vers leurs services une partie des utilisateurs déçus.

Malgré les réactions négatives de ses clients, Netflix entend poursuivre son développement international. Après le lancement du service de streaming au Canada l’année dernière (plus d’un million d’abonnés actuellement), l’entreprise devrait prochainement s’implanter en Amérique du Sud et, peut-être, en Europe.

Et vous ? Que pensez-vous de l’augmentation des tarifs de Netflix ?

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