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Télérama publie cette semaine un papier intéressant consacré à NextradioTV, groupe média diversifié dont j’avais déjà parlé sur ce blog (le lien ici). Pour le dire de façon « soft », l’article est plutôt critique à l’égard des méthodes de Management mises en place par Alain Weill, président du groupe.

Souvent évoquée comme une piste de réforme de l’audiovisuel public français, l’organisation en newsfactory est décrite comme particulièrement oppressante pour les salariés du groupe. L’occasion de faire le point sur cette évolution des structures organisationnelles qui concerne aujourd’hui de nombreux groupes de médias dans le monde.

La Newsfactory by RMC

Quelques mots sur les structures

En des temps antiques, les entreprises étaient gérées de façon centralisée. Les tâches y étaient relativement indifférenciées. Le boss se chargeant de coordonner son équipe et de dire à chacun ce qu’il devait faire. Ce type d’organisation est encore la règle dans la plupart des petites entreprises.

Et puis… les organisations se sont complexifiées. Les tâches sont devenues plus techniques. Pour gagner en efficacité, les entreprises se structurent en fonctions (administration, production, distribution…). Exit la structure simple, place à la structure fonctionnelle.

Arrivent les 70′s. Ah… les 70′s, le disco, les chemises de Magnum… je digresse. En Management, les années soixante-dix coïncident surtout avec l’apparition d’organisations beaucoup plus grandes, et plus diversifiées qu’auparavant. Pour gérer ces conglomérats, le Stratégie est érigée au rang de Science… on parle alors de planification stratégique. Coté organisation, les conglomérats s’organisent souvent par divisions correspondant à leurs domaines d’activité stratégique. Cette nouveau type de structure, appelé forme en M ou structure multi-divisionnelle se diffuse jusqu’à ce qu’on se rende compte du cloisonnement qu’il pouvait instituer.

On invente alors la structure matricielle, plus flexible, plus réactive, mieux adaptée aux entreprises globalisées… mais aussi plus stressante et moins lisible pour les salariés.

Cette histoire très linéaire, c’est souvent celle que l’on raconte aux étudiants pour aborder le thème des structures organisationnelles. Bien sûr, les choses ne se sont pas déroulées exactement de cette façon. Bien sûr, chaque structure présente ses avantages et ses inconvénients. Bien sûr, l’organisation ne se limite pas à la structure.

Retour à la structure fonctionnelle ?

Dans le secteur des médias, la structure dominante a longtemps été la structure divisionnelle, les rédactions étaient relativement dissociées, chaque journaliste travaillant pour un titre de presse écrite, pour une chaine de télévision, pour une station de radio ou pour un site Internet bien identifié. Aujourd’hui encore, lorsqu’un journaliste se présente, il commence souvent par le média pour lequel il travaille.

Introduit par la BBC, le modèle de la Newsfactory vient profondément remettre en cause cette orthodoxie professionnelle. Les rédactions du groupe audiovisuel public britannique sont fusionnées pour fabriquer l’information qui alimente les différents médias du groupe. La structure évolue alors pour se rapprocher d’une bonne vieille structure fonctionnelle : des reporters alimentent l’entreprise en infos fraiches qui seront reformatées par des journalistes de Desk… et distillées sur tous les canaux du groupe.

Deux idées guident alors cette réorganisation.

D’abord, la convergence des technologies de l’information et de la communication rend obsolète la distinction stricte entre les différents médias. Les journaux développent de plus en plus des sites Internet. Les journaux payants vendent leurs infos les journaux gratuits. L’heure est au décloisonnement. Puisque les médias deviennent des usines à fabriquer des contenus, les rédactions deviennent des usines à fabriquer de l’information.

Il s’agit ensuite de réaliser des synergies. Les groupes médias sont de plus en plus diversifiés, autant établir des ponts entre les rédactions pour gagner en efficacité. Dans la newsfactory, les journalistes ne sont plus spécialisés par médias mais par thèmes (culture, sport, économie…).

L’organisation idéale ?

Souvent, les synergies se limitent néanmoins à la réduction des coûts. Un modèle low-cost revendiqué par la direction de RMC et dont les conséquences sociales sont clairement pointées du doigt dans l’article de Télérama. Le manque de moyens se traduit par une surcharge de travail pour des journalistes payés au lance-pierre. Au-delà du stress engendré par ce modèle, les collaborateurs ont de plus en plus de mal à vérifier leurs informations. Leur productivité est mesurée au regard du nombre de lignes produites. Taylorisation… quand tu nous tiens.

Plus que le modèle de la Newsfactory en lui-même, qui est rendu indispensable par l’évolution actuelle des médias, ce sont les conséquences sociales de la démarche du groupe qui sont en cause. Les synergies permises par la Newsfactory pourraient consister en un développement d’expertises plus pointues chez les journalistes… force est de constater qu’elles se réduisent souvent à du cost-killing. Dommage… encore une fois, l’efficacité opérationnelle prend le pas sur la stratégie.

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Monsieur monsieur, Europe 1 m’a copié…

by Philippe on Samedi 10 janvier 2009

in Stratégie

Tel est en substance le message du communiqué de presse publié aujourd’hui par la station de radio RMC (article Ozap ici). Rachetée fin 2000 par l’homme d’affaire Alain Weil (un ancien du groupe NRJ), RMC a construit son succès sur le modèle des radio talk américaines : interactivité maximale avec les auditeurs, animation des talk-shows par des stars un peu dans le creux de la vague, sport et ton populaire frisant parfois le populisme.

Une formule qui marche puisqu’elle a permis au groupe que dirige Alain Weil, NextRadioTV de se diversifier en créant le chaîne d’information BFMTV et en rachetant plusieurs sites Internet et titres de presse (le plus important étant le quotidien économique La Tribune).

Alain Weil (NextRadioTV)

Alain Weil : Président de NextRadioTV

Les méthodes utilisées par RMC  semblent aujourd’hui faire des émules. C’est du moins le sens du communiqué de presse d’aujourd’hui.

« La formule gagnante de RMC avec l’interactivité, les talk shows, le sport et en particulier la Formule 1, inspire les autres acteurs du paysage radiophonique. Il s’agit ainsi d’un bel hommage rendu à la stratégie et au travail des équipes de RMC »

Au-delà de l’ironie que manifeste RMC dans ce communiqué, une vraie question… qui touche aux fondements de la Stratégie.

Pour la plupart des auteurs, l’essence même de la Stratégie, c’est de conquérir un avantage concurrentiel. Qu’il s’agisse d’être plus innovant que les concurrents, de produire à moindre coût, de proposer une offre de meilleure qualité ou bénéficiant d’une meilleure image, l’essentiel sera d’être meilleur… et donc d’être différent.

A l’inverse, ceux qui se risqueraient à copier leur Stratégie sur le voisin risqueraient de s’enliser dans la voie moyenne, de subir « la malédiction des suiveurs » (un article en français qui traite de ce sujet ici).

La question est donc de savoir pourquoi des dirigeants d’entreprises qu’on suppose ne pas être nés de la dernière pluie s’enferment dans ce qui est souvent décrit comme un non-sens stratégique. L’explication la plus fréquemment avancée est liée à la thématique de l’incertitude : quand on est dans le brouillard, on regarde ce qui se passe ailleurs, chez des organisations qu’on considère (à tort ou à raison) comme légitimes (c’est notamment l’idée de DiMaggio et Powell, 1983) Alain Weill aurait donc bien raison de parler d’hommage rendu par les imitateurs.

Peut-être aussi que les imitateurs ne sont pas aussi idiots que ça… ou que les comportements imitatifs sont la traduction d’autres formes de rationalité. Peut-être que l’imitation est un préalable à une démarche de différenciation (c’est le sujet de ma thèse). Peut-être qu’on devrait aussi s’intéresser d’avantage aux facteurs qui font que ce type de comportement est plus répendu dans certains secteurs d’activité que dans d’autre (on parle depuis de nombreuses années de l’imitation dans le monde de la radio même si, c’est vrai, ces polémiques touchaient jusqu’ici plutôt les radios musicales – mon article ici).

DiMaggio, P. J. et Powell, W. W. (1983). «The Iron Cage Revisited: Institutional Isomorphism and Collective Rationality in Organizational Fields». American Sociological Review, Vol. 48, No. 2, pages 147-160.

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