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J‘ai déjà parlé, ici, du modèle économique surprenant de la WWE, la fédération américaine de catch. Voici l’histoire d’un canular qui a un peu dérapé. Suffisamment en tous les cas pour faire dégringoler le cours de l’action de cette entreprise.

On le sait, tout est factice dans le catch : Les gagnants et les perdants sont désignés à l’avance, les coups sont simulés et les rivalités écrites par une équipe de scénaristes. Vince McMahon, le président de la WWE, se met d’ailleurs régulièrement en scène pour interpréter à l’écran, le redoutable Mr. McMahon. Ce personnage de patron machiavélique, qui n’hésite pas à monter sur le ring pour se faire botter les fesses par les moins dociles de ses employés, est particulièrement détesté des fans : le méchant idéal.

Dans la vraie vie, Vince McMahon s’occupe de tout aux coté de sa femme Linda et de ses enfants Shane et Stephanie : du recrutement des athlètes à la coordination de l’équipe de scénaristes. Pour faire grimper les audiences de Monday Night Raw, la principale émission de catch produite par la WWE, il imagine régulièrement des scénarios délirants.

Sa dernière trouvaille : simuler la vente de l’émission à Donald Trump. Le 15 juin dernier, Donald Trump est donc apparu en direct sur USA (filiale de NBC), la chaîne câblée qui retransmet le show, pour annoncer qu’il était le nouveau propriétaire… et que l’émission de la semaine suivante serait diffusée sans aucune publicité (seule la dernière partie de l’histoire était vraie).

Monday Night Raw - 15 juin 2009

Pour rendre la supercherie plus crédible, le diffuseur américain a même envoyé un communiqué de presse aux rédactions américaines confirmant le rachat de Monday Night Raw par le milliardaire.

Le hic, c’est que la WWE est cotée en bourse… et que les investisseurs ont réellement cru que McMahon avait revendu le plus gros actif de l’entreprise. Panique sur les marchés financiers.

Rétropédalage jeudi matin avec un nouveau communiqué de presse : « hé ho, c’était pour de faux ». L’histoire aura finalement duré moins longtemps que prévu. Hier à la télévision, Vince McMahon prétendait racheter l’émission à pour deux fois sa valeur. L’occasion de lancer un cultissime « You’re Fired » à Donald Trump.

Un beau coup de pub pour Donald Trump qui lance, ce mois ci, la nouvelle saison de son émission de télé réalité « The Apprentice »… sur NBC. Une belle illustration, aussi, de la théorie des parties prenantes : Si les fans de l’émission ont visiblement beaucoup apprécié (avec 4,5% de parts d’audience, l’émission a atteint son meilleur score depuis janvier 2006), les investisseurs ont à l’évidence détesté (le cour de l’action a perdu près de 15% de sa valeur en une semaine).

A l’heure actuelle, la SEC, le gendarme de la bourse américaine, ne semble pas vraiment disposée à  se saisir de cette affaire pourtant assimilée par certains médias américains à une divulgation de fausse information (le reportage de Fox Business ici). Les actionnaires mécontents pourront toujours essayer de défier Vince McMahon dans un match en cage… lol.

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La WWE : Un modèle économique original

Publié par Philippe le 9 janvier 2009

Classé dans Illustrations, Stratégie

La notion de « modèle économique » est toujours un peut difficile à faire passer auprès des étudiants. Quant on reprend la définition du concept donnée par un manuel de référence, on peut lire que « le modèle économique décrit la combinaison de facteurs financiers, commerciaux, techniques et opérationnels qui sous-tend le fonctionnement d’une organisation… » (Johnson et al. 2008, p.10) : pas super clair.

Le mieux, c’est encore de partir de l’image de la « recette de cuisine » et de donner un exemple. En voici un qui a la particularité de ne pas être une entreprise industrielle puisqu’il concerne la fédération américaine de catch.

Match de catch à la WWE - Randy Orton affronte Triple H à Raw. (c) WWE 2008 width=

La WWE est une entreprise familiale qui a été introduite en bourse il y a quelques années. Même si elle n’est pas épargnée par la crise actuelle (voir ici), il s’agit d’une des entreprises les profitables du sport-business américain avec 485 millions de dollars de recettes générées en 2007 pour un résultat de 52M$. Sur son site Internet corporate, voici comment elle explique son modèle économique à des investisseurs pas forcément accros au catch.

« Our formula is straightforward. We develop compelling content anchored by our Superstars. We market this content to drive television ratings, which, in turn, drive pay-per-view buys, live event attendance, WWE.com traffic and branded merchandise sales and other business initiatives. Our strategy is to capitalize on the significant operating leverage of our business model through the distribution of this intellectual property across existing media platforms, as well as new and emerging distribution platforms. »

On comprend, en filigrane, que les shows hebdomadaires produits par la compagnie (diffusés en France sur les chaînes câblées NT1, RTL9 et Action) n’ont pas vocation à lui rapporter de l’argent. Les audiences générées permettront, en revanche à l’entreprise d’augmenter les ventes de ses pay-per-views (des shows mensuels retransmis sur des services de vidéo à la demande et facturés 30$), de vendre des figurines, des DVD, des jeux vidéos et d’organiser des tournées non retransmises à la télévision.

Le modèle économique de la WWE

Une « recette » imaginée par Vince McMahon (en photo haut du schéma) lorsqu’il a racheté l’affaire familiale au début des années 80 et qui imprègne aujourd’hui l’ensemble des fonctions de l’entreprise. Cet extrait d’une interview donnée le mois dernier par Stéphanie McMahon-Levesque à la chambre des représentants en est l’illustration.

« We have right now 15 pay‐per‐views scheduled in ‘08. [...] So that is roughly a pay‐per‐view every 3 weeks. That is where we make a lot of our money [...].

So if we know we have a 3‐week promotion and we know our main‐event match is ‐‐ I will just say two superstars. I am not sure how familiar you guys are. But say it is Randy Orton versus John Cena. We know we have 3 weeks to make that match as compelling as possible to hopefully intrigue the buyer to want to pay to see the match. So that is what we try to do. »

En plus d’être la fille du patron, la femme de Triple H (un des deux gros balaizes sur la photo en haut de l’article) et d’apparaitre régulièrement dans les émissions de télévisions produites par la WWE, Stéphanie McMahon est  vice-présidente de l’entreprise en charge de l’équipe créative (qui est à l’origine des intrigues, attribue les rôles de gentils et de méchants, décide de l’issue des matchs), des évènements live (logistique, organisation des tournées) et des relations avec les « talents » (négociation des contrats).

Une grosse partie de son travail avec l’équipe créative consiste à rendre les pay-per-views aussi excitants que possible… les émissions hebdomadaires ne sont en fait que de grosses bande-annonces.

Note pour plus tard : Éviter de dire à votre petit neveu de 12 ans que tout ce qu’il voit à la télé… c’est pour de faux.

Johnson, Scholes, Whittington et Frery (2008) Stratégique (8ème édition), Pearson

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