Théorie des conventions : la preuve par l’image

by Philippe on Jeudi 11 juin 2009

in Illustrations,Stratégie

C‘est le buzz vidéo du moment. Lors du Sasquatch festival le mois dernier aux Etats-Unis, un homme (un peu éméché semble-t-il) commence à danser. Il est rapidement rejoint par un deuxième… un troisième… un quatrième… un cinquième… c’est l’effet boule de neige. Un mouvement de foule est en marche.

Petite lecture conventionnaliste de cette séquence qui montre, en fait, comment une convention peut se créer (« danser n’importe comment au son de la musique ») en opposition à une autre convention qui lui pré-existe (« lézarder au soleil en regardant le concert »).

L’individu à l’origine du mouvement est ,au départ, un déviant. Alors que tout le monde est tranquillement installé sur l’herbe, il décide seul de commencer à se tortiller.

Ses gesticulations n’éveillent pas l’attention des autres individus. Au mieux, elles font tout juste l’objet de regards plus que dubitatifs (si si, regardez le monsieur au t-shirt rouge et à la casquette verte). L’innovateur est pourtant rejoint par un autre individu.

A ce moment précis, la convention n’est pas encore stabilisée. Alors que le premier individu continue à se tortiller, le second adopte une autre attitude consistant à se rouler par terre. Il y a dissonance.

Au gré de leurs actions et de leurs interactions, les deux participants arrivent à mettre en place un nouvel ordre conventionnel. Cet équilibre instable est rapidement bouleversé par l’arrivée d’un troisième individu qui rajoute un peu de complexité à la convention en remuant son popotin. Peu à peu, les trois compères se coordonnent, par imitation réciproque. La convention devient plus stable, plus convaincante… et donc plus attractive.

Il n’en faut pas plus pour que le petit groupe soit rejoint par deux nouveaux individus. Et c’est à ce moment là que surgit un point de non retour. Le nombre des adopteurs augmente alors de façon exponentielle (souvenez vous… la courbe en S des théories de la diffusion…). Le pouvoir d’attraction s’accroit à mesure que les individus sont de plus en plus nombreux. Nous retrouvons ici une nouvelle caractéristiques des conventions : elles sont auto renforçantes (un peu à la manière des prophéties auto réalisatrices).

La convention n’est ni tout à fait la même qu’au début, ni tout à fait différente. Elle a évolué… s’est structurée. Les comportements sont désormais très normalisés : tous les monde lève les bras et se met à crier. Si quelques irréductibles continuent, indéfectiblement, à lézarder au soleil… les plus dubitatifs finissent, bon gré mal gré à rejoindre le mouvement… quitte à faire le service minimum en levant mollement le bras (il y a donc des variations dans le degré d’adhésion à la convention).

La musique s’arrête. La convention survivra-t-elle à ce changement des conditions externes ? Mystère et boule de gomme…

Quelques enseignements qui confirment globalement les idées de la théorie des conventions telle qu’elle a été formulée par Pierre-Yves Gomez. La convention n’est pas un phénomène holiste qui s’imposerait aux individus puisqu’il est le produit des actions et des interactions de ces derniers. Les individus sont toujours libre de l’adopter… ou pas… et ont même une marge de manœuvre dans leur adhésion. La liberté individuelle est d’ailleurs le résultat de plusieurs conventions alternatives : un univers normé serait donc la condition sine qua non à la liberté individuelle ?

Mmmm, il est grand temps que j’ailles me coucher.

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